Ethno-Passion-fr
  • Accueil
  • Se former & pratiquer
    • Enseignements en ligne
    • Evenements & ateliers
  • A propos
    • Contact
    • Mentions legales
  • Revue Trimestrielle
  • Blog
    • Société
    • Animisme
    • France
    • Andes
    • Amérique du nord
    • Sibérie & Mongolie
    • Chine
    • La quotidienne imagée
Inscrivez-vous à la Newsletter

Le jour où j’ai compris ce que nous avons oublié

2/12/2025

0 Commentaires

 
Photo
J’ai compris quelque chose d’essentiel dans une vieille ferme du XVIIIᵉ siècle, une bâtisse en pierres où nous organisions des cercles.
La pièce se trouvait sous la maison : une salle voûtée, basse, aux pierres taillées à la main, un ancien refuge pour les moutons. 
Et puis, de temps en temps, devant le décor, le sol bosselé, l’odeur de terre humide, et ce silence particulier des lieux, de temps en temps, une nouvelle personne arrivait, descendait les marches, s’arrêtait net, se tournait vers nous avec un air grave, presque solennel, et lançait :
“Il y a eu un mort ici…”

Toujours le même ton. A chaque fois ! Toujours cette manière de déposer l’annonce, comme si elle venait de révéler un secret terrible.
Un mort.
Ah, tiens. Dans une ferme de 1700. Quelle surprise.

Mais ce qui m’a frappé, ce qui m’a le plus frappé avec un poids d’évidence presque brutal, c’est que jamais, pas une seule fois, en des dizaines de soirées, dans cette même pièce, quelqu’un a dit :
“Il y a eu des naissances ici.”
Jamais. Pas une seule fois.                                                                                                             

​

Et pourtant.
Dans une ferme de cette époque, on naissait à la maison. On y criait, on y pleurait, on y coupait les cordons, on y lavait les bébés dans des cuvettes d’eau tiède, on y déposait les nouveaux vivants contre la peau des mères. On y prenait sa première inspiration.
Des naissances, il y en a eu certainement pas mal, autant que de morts. Des enfants qui ont ouvert les yeux là, dans cette même ferme, des vies qui ont commencé.

Et aucune de ces personnes ne l’a jamais senti, ne l’a jamais dit. Pourquoi ?
Parce que dans notre manière moderne de percevoir les lieux, ce qui a du poids, ce n’est pas la vie, c’est la mort. Ce qui frappe, ce n’est pas le souffle qui entre, c’est celui qui sort. Nous avons appris à chercher l’ombre, à parler du tragique, à déceler la tache sombre au lieu de la trace lumineuse. Nous sommes devenus des lecteurs de ruines, pas des témoins du souffle.
La mort, on la soupçonne. La vie, on la prend pour acquise.
Et surtout, on ne sait plus la reconnaître dans les murs, parce que nous avons perdu le lien avec la respiration réelle des lieux.

Au fil du temps, dans cette salle qui avait vu plus de brebis naître que de paysans mourir, j’ai compris ce que nous avons perdu, non pas la capacité d’entendre la mort, mais la capacité de sentir le monde tout entier, dans ses commencements autant que dans ses fins.  
Nous avons gardé l’instinct de peur. Nous avons perdu l’instinct de continuité.
​
Il fut un temps, pas si lointain dans nos campagnes, où la mort n’était pas cette “âme coincée” qu’il faudrait dégager, pas ce paquet d’énergie stagnante, il n’existait pas cette obsession moderne du “faire passer”, comme si la mort traînait dans les coins comme un sac d’affaires « non réglées »
On ne parlait pas de “nettoyage”, pas de “libération de lumière”. La mort n’était ni un problème à résoudre, ni une mécanique à débloquer, ni une scène pour ceux qui veulent jouer aux intermédiaires entre les mondes.

Non. La mort était un souffle. Un souffle qui sort du corps, un souffle qui rejoint le vent du monde.
Rien à pousser, rien à tirer, rien à forcer. Le rôle des vivants n’était pas de “faire passer”, mais de laisser passer : de tenir la chambre, de garder la chaleur juste, d’accompagner sans se prendre pour un guide, de respirer avec ce qui part au lieu de s’en emparer.
On ne rangeait pas la mort chez les curés, ni dans un funérarium, ni derrière un rideau d’hôpital.
On la gardait à la maison, dans la pièce où le vent était bon, auprès du feu qui savait écouter, auprès des vivants qui savaient se taire.

Dans ce monde-là il y avait des veilleuses, des gens simples, qui connaissaient la route du souffle … et qui savaient que rien ne reste coincé quand on ne s’y mêle pas.
***
La mort appartenait à la maison, comme le pain, comme le feu, comme la naissance d’un enfant. On la connaissait. On savait comment elle arrive, comment elle respire, comment elle repart.
Dans chaque village, on trouvait toujours quelqu’un qui savait veiller un corps, tenir une flamme, préparer la chambre, reconnaître le moment exact où le souffle commence à changer de poids.
Ce n’était pas “spirituel”, ni “magique”. C’était du bon sens ancien, ancré dans des siècles d’expérience, et transmis sans discours, simplement par observation, par proximité, par des gestes répétés.

Aujourd’hui, cette capacité a disparu. On a mis la mort ailleurs. On l’a rangé dans des lieux où elle ne dérange pas : institutions, services, professionnels.
On s’est persuadés que cela nous protégeait, alors que cela nous a simplement désappris.
Et comme on ne sait plus quoi faire, comme on ne sait plus comment se tenir, on préfère ne pas voir. La mort est devenue taboue parce que, nous ne savons plus.

On ignore comment soutenir un souffle, comment fermer une maison, comment garder la chaleur juste dans une pièce où quelqu’un s’en va. On ignore comment respirer avec un mourant sans le tirer en arrière. On ignore comment laisser une personne partir sans culpabilité, sans croyance de devoir “l’aider”, sans peur de mal faire. Nous avons perdu la présence, et perdu le geste.
À la place, on a fabriqué des discours pour combler le vide : des “passeurs d’âmes”, des “travailleurs d’énergie”, des “guides de lumière”. Beaucoup sont sincères et pourtant… Ils parlent d’énergie comme on parlerait de vapeur : sans poids, sans direction, sans corps.

Mais dans la mort, ce qui se joue n'est pas de l’énergie, c’est du souffle. Un souffle qui s’allège, qui se retire, qui cherche sa route.
Quand les anciens parlaient du vent, ce n’était pas une métaphore. Ils parlaient du souffle lui-même, de la matière subtile qui soutient la vie et qui, au dernier moment, quitte le corps pour retrouver le vent du monde.

Et il y a encore autre chose : nous faisons tous des rêves où les morts reviennent nous voir.
Nous les croisons dans un chemin, ils nous parlent à voix basse, ils nous montrent un lieu, un souvenir, un objet. Nous nous réveillons troublés, parfois apaisés, et surtout silencieux.
Nous n’osons pas raconter, par pudeur, par peur de passer pour naïfs ou “sensibles”. Pourtant ces rêves ne sont pas des fantaisies psychologiques. Ils sont la preuve d’un lien qui n’a jamais disparu, même si nous avons cessé d’en parler.

Les anciens savaient que ces visites oniriques sont la façon la plus simple, la plus naturelle pour le souffle d’un mort de venir se poser un moment dans la respiration d’un vivant.
Rien de dramatique, rien de mystique, juste la continuité du monde.

C’est pour combler ce vide que nous avons désiré faire renaître cette transmission à travers un enseignement dédié sur notre plateforme de formation. 
Découvrez notre formation ICI
Elle ne réinvente pas un folklore.
​Elle existe pour nous réapprendre ce que la modernité a effacé. 
  • Comment respirer avec la mort, comment tenir une chambre, comment fermer une maison,
  • comment préparer un passage, comment permettre au vent du défunt de se rendre au vent du monde, sans tirer, sans retenir, sans confondre notre peur avec la réalité du monde.

Cette transmission n’est pas un pouvoir. C’est une responsabilité.
Elle nous met face à ce que nous sommes : des vivants qui vont, un jour accompagner, et un autre jour, être accompagnés.
Nous sommes des vivants traversés par des souvenirs, des rêves, des regrets, des liens inachevés. Redevenons des vivants capables d’apprendre à ne pas détourner le regard.

Cette transmission redonne place à quelque chose que nous avons pour le coup laissé mourir : la capacité d’accompagner humainement, sans technologie, sans croyance compliquée, avec juste ce qu’il faut de feu, de souffle, d’eau, de silence pour que le passage soit juste.
​
Ce n’est pas un cours sur la mort. C’est un apprentissage de comment tenir le monde quand quelqu’un le quitte.
0 Commentaires



Laisser une réponse.

    Author

    Jean-Yves Bourré

    Categories

    Tous

    Flux RSS

Proudly powered by Weebly
  • Accueil
  • Se former & pratiquer
    • Enseignements en ligne
    • Evenements & ateliers
  • A propos
    • Contact
    • Mentions legales
  • Revue Trimestrielle
  • Blog
    • Société
    • Animisme
    • France
    • Andes
    • Amérique du nord
    • Sibérie & Mongolie
    • Chine
    • La quotidienne imagée
Inscrivez-vous à la Newsletter