J’ai compris quelque chose d’essentiel dans une vieille ferme du XVIIIᵉ siècle, une bâtisse en pierres où nous organisions des cercles. La pièce se trouvait sous la maison : une salle voûtée, basse, aux pierres taillées à la main, un ancien refuge pour les moutons. Et puis, de temps en temps, devant le décor, le sol bosselé, l’odeur de terre humide, et ce silence particulier des lieux, de temps en temps, une nouvelle personne arrivait, descendait les marches, s’arrêtait net, se tournait vers nous avec un air grave, presque solennel, et lançait : “Il y a eu un mort ici…” Toujours le même ton. A chaque fois ! Toujours cette manière de déposer l’annonce, comme si elle venait de révéler un secret terrible. Un mort. Ah, tiens. Dans une ferme de 1700. Quelle surprise. Mais ce qui m’a frappé, ce qui m’a le plus frappé avec un poids d’évidence presque brutal, c’est que jamais, pas une seule fois, en des dizaines de soirées, dans cette même pièce, quelqu’un a dit : “Il y a eu des naissances ici.” Jamais. Pas une seule fois. Et pourtant. Dans une ferme de cette époque, on naissait à la maison. On y criait, on y pleurait, on y coupait les cordons, on y lavait les bébés dans des cuvettes d’eau tiède, on y déposait les nouveaux vivants contre la peau des mères. On y prenait sa première inspiration. Des naissances, il y en a eu certainement pas mal, autant que de morts. Des enfants qui ont ouvert les yeux là, dans cette même ferme, des vies qui ont commencé. Et aucune de ces personnes ne l’a jamais senti, ne l’a jamais dit. Pourquoi ? Parce que dans notre manière moderne de percevoir les lieux, ce qui a du poids, ce n’est pas la vie, c’est la mort. Ce qui frappe, ce n’est pas le souffle qui entre, c’est celui qui sort. Nous avons appris à chercher l’ombre, à parler du tragique, à déceler la tache sombre au lieu de la trace lumineuse. Nous sommes devenus des lecteurs de ruines, pas des témoins du souffle. La mort, on la soupçonne. La vie, on la prend pour acquise. Et surtout, on ne sait plus la reconnaître dans les murs, parce que nous avons perdu le lien avec la respiration réelle des lieux. Au fil du temps, dans cette salle qui avait vu plus de brebis naître que de paysans mourir, j’ai compris ce que nous avons perdu, non pas la capacité d’entendre la mort, mais la capacité de sentir le monde tout entier, dans ses commencements autant que dans ses fins. Nous avons gardé l’instinct de peur. Nous avons perdu l’instinct de continuité. Il fut un temps, pas si lointain dans nos campagnes, où la mort n’était pas cette “âme coincée” qu’il faudrait dégager, pas ce paquet d’énergie stagnante, il n’existait pas cette obsession moderne du “faire passer”, comme si la mort traînait dans les coins comme un sac d’affaires « non réglées » On ne parlait pas de “nettoyage”, pas de “libération de lumière”. La mort n’était ni un problème à résoudre, ni une mécanique à débloquer, ni une scène pour ceux qui veulent jouer aux intermédiaires entre les mondes. Non. La mort était un souffle. Un souffle qui sort du corps, un souffle qui rejoint le vent du monde. Rien à pousser, rien à tirer, rien à forcer. Le rôle des vivants n’était pas de “faire passer”, mais de laisser passer : de tenir la chambre, de garder la chaleur juste, d’accompagner sans se prendre pour un guide, de respirer avec ce qui part au lieu de s’en emparer. On ne rangeait pas la mort chez les curés, ni dans un funérarium, ni derrière un rideau d’hôpital. On la gardait à la maison, dans la pièce où le vent était bon, auprès du feu qui savait écouter, auprès des vivants qui savaient se taire. Dans ce monde-là il y avait des veilleuses, des gens simples, qui connaissaient la route du souffle … et qui savaient que rien ne reste coincé quand on ne s’y mêle pas. *** La mort appartenait à la maison, comme le pain, comme le feu, comme la naissance d’un enfant. On la connaissait. On savait comment elle arrive, comment elle respire, comment elle repart. Dans chaque village, on trouvait toujours quelqu’un qui savait veiller un corps, tenir une flamme, préparer la chambre, reconnaître le moment exact où le souffle commence à changer de poids. Ce n’était pas “spirituel”, ni “magique”. C’était du bon sens ancien, ancré dans des siècles d’expérience, et transmis sans discours, simplement par observation, par proximité, par des gestes répétés. Aujourd’hui, cette capacité a disparu. On a mis la mort ailleurs. On l’a rangé dans des lieux où elle ne dérange pas : institutions, services, professionnels. On s’est persuadés que cela nous protégeait, alors que cela nous a simplement désappris. Et comme on ne sait plus quoi faire, comme on ne sait plus comment se tenir, on préfère ne pas voir. La mort est devenue taboue parce que, nous ne savons plus. On ignore comment soutenir un souffle, comment fermer une maison, comment garder la chaleur juste dans une pièce où quelqu’un s’en va. On ignore comment respirer avec un mourant sans le tirer en arrière. On ignore comment laisser une personne partir sans culpabilité, sans croyance de devoir “l’aider”, sans peur de mal faire. Nous avons perdu la présence, et perdu le geste. À la place, on a fabriqué des discours pour combler le vide : des “passeurs d’âmes”, des “travailleurs d’énergie”, des “guides de lumière”. Beaucoup sont sincères et pourtant… Ils parlent d’énergie comme on parlerait de vapeur : sans poids, sans direction, sans corps. Mais dans la mort, ce qui se joue n'est pas de l’énergie, c’est du souffle. Un souffle qui s’allège, qui se retire, qui cherche sa route. Quand les anciens parlaient du vent, ce n’était pas une métaphore. Ils parlaient du souffle lui-même, de la matière subtile qui soutient la vie et qui, au dernier moment, quitte le corps pour retrouver le vent du monde. Et il y a encore autre chose : nous faisons tous des rêves où les morts reviennent nous voir. Nous les croisons dans un chemin, ils nous parlent à voix basse, ils nous montrent un lieu, un souvenir, un objet. Nous nous réveillons troublés, parfois apaisés, et surtout silencieux. Nous n’osons pas raconter, par pudeur, par peur de passer pour naïfs ou “sensibles”. Pourtant ces rêves ne sont pas des fantaisies psychologiques. Ils sont la preuve d’un lien qui n’a jamais disparu, même si nous avons cessé d’en parler. Les anciens savaient que ces visites oniriques sont la façon la plus simple, la plus naturelle pour le souffle d’un mort de venir se poser un moment dans la respiration d’un vivant. Rien de dramatique, rien de mystique, juste la continuité du monde. C’est pour combler ce vide que nous avons désiré faire renaître cette transmission à travers un enseignement dédié sur notre plateforme de formation. Elle ne réinvente pas un folklore. Elle existe pour nous réapprendre ce que la modernité a effacé.
Cette transmission n’est pas un pouvoir. C’est une responsabilité. Elle nous met face à ce que nous sommes : des vivants qui vont, un jour accompagner, et un autre jour, être accompagnés. Nous sommes des vivants traversés par des souvenirs, des rêves, des regrets, des liens inachevés. Redevenons des vivants capables d’apprendre à ne pas détourner le regard. Cette transmission redonne place à quelque chose que nous avons pour le coup laissé mourir : la capacité d’accompagner humainement, sans technologie, sans croyance compliquée, avec juste ce qu’il faut de feu, de souffle, d’eau, de silence pour que le passage soit juste. Ce n’est pas un cours sur la mort. C’est un apprentissage de comment tenir le monde quand quelqu’un le quitte.
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« Tous les cinq jours, les Trois Hún viennent lui rendre hommage […] Ce ministre spécial est appelé le “Dieu de l’Essence de la Force Initiale” […] Il représente l’essence spirituelle transformée des dents, de la langue et du cerveau. Dans sa main, il tient les Écritures véritables de la Grande Circulation. » Ce passage parle le langage de la transmission taoïste : des images opératives où se tressent la cosmologie (divinités, cycles), l’anatomie subtile (organes, âmes) et le rythme du calendrier (périodes de cinq jours). Vous découvrirez dans cet article les repères nécessaires pour le lire et l’appliquer. Les Trois Hún (魂) et le cycle de cinq jours Qui sont les Trois Hún ? Dans la vision chinoise de l’âme multiple, on distingue :
Les Hún, reliés au Foie, peuvent “monter” vers le pôle lumineux de l’être pour recevoir mandat et ordre. Pourquoi « tous les cinq jours » ? Le calendrier sexagésimal se module par quintes de jours. Chaque période de cinq jours renouvelle l’empreinte des influences ; dire que les Hún rendent hommage à ce rythme signifie : à intervalles réguliers, l’homme ré-accorde ses âmes éthérées au centre souverain (ici, le Vrai Seigneur Taiyi). En pratique, c’est un cycle de recentrage et de purification. Le Vrai Seigneur Taiyi et le ministre à sa droite Taiyi (太乙) Taiyi est la Grande Unité, principe premier d’où naissent Yin et Yang. Dans le corps-monde, il siège au Palais de Niwan (Dantian supérieur). Le ministre impérial À sa droite se tient un ministre nommé « Dieu de l’Essence de la Force initiale » (元力).
Il figure la mise en œuvre de la force originelle qui féconde et ordonne l’esprit. « Essence spirituelle des dents, de la langue et du cerveau »
Dire que le ministre en est « l’essence transformée » revient à dire : il veille à la pureté de la parole, à la bonne préparation des liquides et à la clarté du palais. Les « Écritures véritables de la Grande Circulation »Mise en pratique
Pour finir Ce passage n’énonce pas une fable : il décrit un rite vivant.
Ainsi se comprend l’instruction : régularité du cycle, pureté de la bouche, clarté du Niwan, circulation bien scellée. C’est la voie simple et droite de l’alchimie interne Dans la tradition chinoise — et plus précisément dans la transmission taoïste intérieure — le dragon (龍, lóng) est une puissance vivante. Il porte le souffle du Ciel, la métamorphose, la fécondité, le bon augure, et il gouverne les eaux, les nuées et leurs mouvements. Lorsque l’on évoque les seize dragons qui entourent Taiyi dans son palais, on parle d’un langage d’images opératives : chaque dragon manifeste une modalité de l’énergie cosmique mise au service de la Grande Unité. Il n’existe pas de rouleau unique reconnu par toutes les lignées qui fixerait, une fois pour toutes, la fonction de chacun des seize. Selon les écoles, les époques et les maîtres — qu’il s’agisse de traités d’alchimie interne, de pratiques de contemplation ou de recueils rituels — noms et attributions varient. L’essentiel est ailleurs : les seize dragons expriment la totalité des déploiements du souffle (par exemple l’octal des directions et son doublement yin-yang, ou les quatre directions croisées aux quatre saisons). Ces repères suffisent pour étudier et surtout pratiquer : reconnaître comment ces forces se lèvent, se répondent et se rassemblent autour de Taiyi afin d’ordonner le monde et d’harmoniser le corps-monde du pratiquant. Pourquoi « Seize » dragons ? Structure 8 × 2 : déploiement du Yin-Yang Le dragon est la forme vive du Souffle céleste. Quand ce Souffle se déploie dans les huit directions (bagua du Yijing), chacun de ces huit mouvements possède deux faces : Yin / Yang (on dit aussi interne / externe, occulté / manifesté). Ainsi naissent seize puissances draconiques. Elles entourent Taiyi comme un cercle de ministres : huit jaillissent vers l’extérieur (Yang), huit œuvrent vers l’intérieur (Yin). L’ensemble donne une couverture totale des influences : en haut / en bas, devant / derrière, gauche / droite, obliques, jusqu’aux transitions de saison. Repères utiles (orientation → qualité générale du « double dragon ») :
4 directions × 4 saisons Autre lecture : 4 directions (Est, Sud, Ouest, Nord) croisées avec 4 saisons (printemps, été, automne, hiver) = 16. Exemples simples :
Rôle protecteur et opératif Les seize ne sont pas des ornements : ce sont des officiers en service.
Exemples de cartes pour la pratique Ronde des 8 + 8 (assise courte, 12–15 min)
Croix des saisons (travail long, 20–30 min)
Clé de sûreté : ouvrir – conduire – refermer. Ne laisse pas une opération s’achever sans la contre-partie qui ferme. Signes d’accord et erreurs courantes
Ajustements selon Tai Sui (le Temps) Quand l’année pousse dans un sens (cycle de Tai Sui), on épargne ce secteur : moins d’ouverture agressive, plus d’harmonie et de douceur. On garde la ronde complète, mais on adoucit la direction concernée ; cela évite l’âpreté et maintient l’accord avec le Ciel de l’année. Ce qu’il faut retenir
Dans la tradition taoïste, le corps n’est pas seulement chair et os. C’est un univers vivant, parcouru de souffles, habité de puissances, et organisé comme un cosmos miniature. Parmi ces espaces intérieurs, il en est un particulièrement mystérieux : le Palais de Niwan, au sommet du crâne, que les anciens décrivaient comme un « palais céleste ». On l’appelle aussi le Dantian supérieur : lieu où réside le Shen (神), l’Esprit lumineux, et où peut apparaître la clarté intérieure. C’est ici, selon les maîtres taoïstes, que se contemple la Grande Unité, Taiyi (太乙), source des transformations cosmiques. Dans cet article, je vous propose d’explorer ce palais intérieur :
Le « Palais céleste » et le Dantian supérieur Le Dantian supérieur Dans la transmission taoïste, on distingue trois Dantian (« champs de cinabre / d’élixir ») :
Le Dantian supérieur est tenu pour le siège du Shen (神, l’Esprit) : lieu de la clarté, de la perception subtile et de la « Lumière intérieure ». Le Palais de Niwan (泥丸宮, Níwán gōng) Au sein du Dantian supérieur, les classiques d’alchimie et de méditation évoquent un palais : le Palais de Niwan. Ce nom désigne à la fois une zone subtile du cerveau et un espace intérieur réel pour la pratique.
Dans la pratique assise, l’attention peut se poser sur ce palais : on y opère les visualisations, on recueille l’énergie subtile, et l’on laisse la conscience se déposer jusqu’à la pureté. « Palais céleste » et microcosme Le « Palais céleste » renvoie au même site : dans le corps-monde du pratiquant, cet espace est la résidence des puissances élevées. Le Ciel de l’univers se reflète, à l’échelle humaine, dans le Dantian supérieur. Taiyi (太乙) : la Grande Unité « Taiyi » (太乙) se traduit par Grande Unité, Suprême Unité ou Grand Un. Certains textes rituels le relient aussi à la 2ᵉ Tige céleste (乙, Yǐ) associée à Tai (太, « suprême »). Taiyi est l’Unité cosmique qui précède et englobe le Yin Yang. Dans la cosmologie taoïste
Taiyi dans l’alchimie interne Dire « Taiyi réside dans le Dantian supérieur, au Palais de Niwan » signifie que l’on installe et reconnaît ce principe au cœur de la tête. Dans l’exercice de la vision, on contemple la Grande Unité siégeant dans le palais : contact direct avec l’énergie la plus subtile et unifiée Le « Royaume céleste » et la suite de Taiyi Les textes indiquent un Royaume céleste où Taiyi possède un palais, entouré de :
Sur le plan de l’Homme
Synthèse et sens pratique pour l’Homme Placer Taiyi dans le Palais de Niwan revient à faire correspondre :
Cette image sert la pratique :
Pour finir Une vision opérative et alchimique :
Avez-vous déjà croisé ces deux mots en chinois : Shénxiān et Yuánshén ? Ils résonnent comme des formules énigmatiques, et dans les textes taoïstes, ils apparaissent souvent côte à côte. À première vue, ils semblent proches… mais en réalité, ils ouvrent sur deux univers différents. Comprendre leur différence, c’est entrer au cœur de la pensée taoïste : d’un côté, l’idéal de l’Immortel (Shénxiān), de l’autre, la source originelle de l’esprit (Yuánshén). Dans cet article, nous allons les explorer séparément, puis voir comment ils s’entrelacent dans la pratique taoïste. Shen Xian (神仙) : l’« Immortel », le Sage transcendantLe terme 「神仙 (Shénxiān) est souvent traduit par « Immortel » ou « Être divin » dans la tradition chinoise et spécifiquement dans le taoïsme. Ce mot se compose de deux caractères :
Dans la culture chinoise, les 神仙 sont considérés comme des personnages légendaires qui ont acquis l’immortalité spirituelle (voire physique, selon certains récits) grâce à de longues pratiques ascétiques, à l’alchimie interne et externe, et à un mode de vie en harmonie avec le Dao. Les caractéristiques d’un Shen Xian
Le chemin pour devenir un Shen Xian Les récits classiques et les textes canoniques (comme le Liezi, le Zhuangzi ou certains écrits du courant Shangqing) décrivent différentes voies pour accéder à l’état d’immortel : pratiques respiratoires, méditation, diète, exercices d’alchimie interne (内丹, neidan) et d’alchimie externe (外丹, waidan). L’idée centrale est de raffiner son énergie (Qi), d’épurer son esprit pour le fusionner avec le Dao, et d’atteindre une forme de réalisation spirituelle si parfaite qu’on transcende les limitations ordinaires de l’existence. Yuan Shen (元神) : l’« Esprit originel »Le terme 「元神」(Yuánshén) peut se traduire par « Esprit originel », « Âme primordiale ». Littéralement :
Dans l’enseignement taoïste, Yuánshén est la part la plus pure de notre être, celle qui est antérieure à toutes nos conditionnements, pensées discursives, émotions superficielles et même à l’individualité ordinaire. C’est, pour ainsi dire, la « graine spirituelle » qui nous relie au Dao et qui n’est jamais altérée, même si elle peut être voilée par les perturbations du mental et les déséquilibres énergétiques. Rôle de Yuan Shen dans la pratique taoïste
Différences fondamentales entre Shen Xian et Yuan Shen
Usage dans la littérature et les légendes
Objectif ou réalisation vs. fondement spirituel
Relation entre les deux
Illustration par un parallèle pédagogiqueImaginons deux images pour mieux saisir la différence : 1. La montagne cachée par la brume :
2. La graine et la fleur :
Pour finir...Shen Xian (神仙) est avant tout un terme désignant un être immortel ou transcendant, souvent perçu comme un sage ou un saint dans la tradition taoïste. Il représente un idéal d’accomplissement spirituel, célébré dans les légendes et les récits anciens.
Yuan Shen (元神), quant à lui, est un aspect plus intime et fondamental, qui fait référence à l’Esprit originel, la conscience pure et non conditionnée que chacun porte en soi. C’est le point central de nombreuses pratiques de méditation et d’alchimie interne. En pratique, on pourrait dire que le Yuánshén est la réalité la plus profonde de l’être, tandis que le Shénxiān est l’état d’accomplissement où l’on vit en accord total avec cette réalité. Autrement dit, on peut seulement « devenir un Immortel » en réintégrant pleinement son Esprit originel et en l’actualisant dans la vie quotidienne. C’est ce processus de purification et de retour à la source (返本還原, fǎn běn huán yuán) qui forme le cœur de la voie taoïste. Extrait de Newsletter Ethno-Passion 2025 Aujourd’hui je vais te raconter un peu le début de l’histoire. Ce fil qui fait qu’aujourd’hui tu es présent sur notre site Ethno-Passion.
Bonjour à toutes et tous et bienvenue sur « Ce grand chemin qui n’a pas de porte. Des milliers de routes y débouche, celui qui franchit cette porte sans porte, marche librement entre la Terre et le Ciel ». Cette citation me vient d’un livre de Roland Habersetzer, d’un de ses livres sur le Karaté que j’ai pratiqué vers mes 16 ans. A la fin de son livre, aux éditions Marabout, je m’en rappelle encore, il y avait tout un chapitre sur le coté invisible de la Force. Pour moi, un truc de «ouf». Depuis mes 9 ans, je n'ai jamais arrêté de chercher ce qu’il pouvait bien y avoir «derrière»… Bon il m’a fallu des années pour commencer à comprendre ce que cela pouvait bien dire. D’autant plus que toujours dans l’âge de mes 16 ans, en vacances avec mes parents dans l’Hérault chez ma grand-mère paternelle, j’ai eu la bonne idée de rentrer dans une librairie de Lunel et d’y trouver « Clés pour le Zen » de Thich Nhat Hanh (dont je possède toujours la première édition). Et là il m’a fallu plus que des années pour commencer à appréhender ce qu’il y avait d’écrit dans ce livre. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- En octobre 1978, départ pour le service militaire dans la Marine qui m’a amené jusqu’à Lorient. La « quille » en 1979, si vous ne connaissez pas, ça veut dire, le service est terminé, on retourne à la vie civile. J’y retourne assez mal d’ailleurs, car en 1980, grosse chute de cheval, fracture et écrasement du poignet droit et fracture d’un doigt de la main gauche. Après trois opérations, un an d’impossibilité à bouger ma main droite et 300 séances de rééducation (j’y allais 4 fois par jour pour récupérer) pas question de rester comme ça, retour vers la Bretagne et les sorciers bretons (dont je terrai le nom car certains n’apprécieraient pas). J’ai appris beaucoup, énormément, et pas que des pratiques ou des techniques ou des rituels, non. J’y ai appris non seulement à regarder l’invisible mais aussi à accepter que d’autres formes de cognitions du monde existent, et sont tout aussi légitimes que celle que j’avais apprise du fait de l’éducation. J’y reviendrai car je me suis rendu compte que c’est exactement ce qui est le plus difficile à acquérir, même si l’on a des pratiques dites « authentiques »… Je passe un certain nombre années en compagnie de cette bande de sorciers que j’apprécie beaucoup. Un des sorciers me dit qu’avec ma tournure d’esprit et ma quête, je devrai essayer le Tai Ji Quan. A la télé passe un documentaire sur le Tai Ji et le Qi Gong. Me voilà partie en quête de ces mêmes Forces sous un autre angle. Entre temps je passe par Soultz-Haut-Rhin où vit Adolphe Landspurg, sourcier de son état (vous pouvez trouver encore tous ses livres, même si lui, a rejoint l’invisible). J’apprends à ses côtés. Je me rappelle ce matin où assis avec mon pendule à la main, d’un ciel absolument sans nuage, en moins de cinq minutes, le ciel est devenu noir d’encre, un énorme coup de Tonnerre, puis en l’espace de deux à trois minutes, un ciel d’un bleu le plus pur qui soit. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Quelques mois plus tard, alors que je dors, je suis traversé par la foudre de part en part. Une amie Cherokee me dit que je suis devenu un « rêveur de Tonnerre ». Me voilà parti chez les « natifs », le début du chemin vers le chamanisme. Les quêtes de vision, 4 jours sans manger et sans boire. A l’époque ça rigolais pas. Et les Inipi, les huttes de vapeur. En même temps je dévore les livres de Castaneda dont je possède encore aujourd’hui, les premières éditions en français. Et, comme me l’avait suggéré un des sorciers, je suis allé découvrir le Tai Ji Quan et le Qi Gong. A l’époque, les profs se comptaient sur les doigts d’une main dans le 06. Et encore, peut-être d’une main palmée. En sortant de mon premier cours, je volais, j’ai su ce soir là que je pratiquerai toute ma vie. Me voilà donc avec ma bande de sorciers, les natifs, le Tai Ji Quan et le Qi gong et, pour faire bonne mesure, je décide d’écrire à la librairie « la Table d’Emeraude » à Paris car j’avais appris que c’était le lieu de rdv des alchimistes, et entre autres, de la lignée d’Eugène Canseliet. Quelle surprise un matin de recevoir un coup de téléphone, un téléphone « fixe à cadran », d’un alchimiste qui habitait… à 10 km de chez moi. « Bonjour, vous avez écrit à la librairie… » Rendez-vous pris, me voilà partie et me voilà dans le saint des saints pour un alchimiste, devant son athanor. Il me fait aussi découvrir « les petits philosophes de la Nature », un groupe qui pratique l’alchimie végétale. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Je quitte mes professeurs de Tai Ji et de Qi gong qui avaient pris la mauvaise habitude de se comparer (comme quoi, pratiquer de l’authentique ne préserve pas de la comparaison) et je rejoins mon premier maitre chinois, le Dr Jian Lijun, qui arrive juste de Chine, avant qu’il ne fonde le Quimetao à Paris. Dès qu’il fonde son école, me voilà partie pour Paris pendant cinq ans, tous les trois mois, une semaine d’entrainement et le reste du temps, je donne des cours cinq fois par semaine, (deux le midi et trois le soir). La meilleure école pour se perfectionner sans cesse. En Chine, il était le vice-président de l’Association de Qi Gong Shaolin de Guangzhou. C’est avec lui que je commence à apprendre la transmission du Qi, le Wei Qi Liao Fa, terme qu’une association française a eu la bonne idée de s’approprier en déposant le nom auprès de l’INPI, décidément, les pratiques authentiques ne protègent pas des dérives… Entre temps, la naissance de mon premier enfant. Dans la chambre de la clinique où ma femme a accouché, se trouve une autre jeune femme dont le mari a pris « refuge », il est ce que nous appelons « un bouddhiste ». Une autre perspective s’ouvre, mais ceci est une autre histoire. Me voilà donc avec les Chinois, les taoistes arrivent, en fait ils sont déjà là. Rencontre avec mon premier maitre taoiste en aout 1994, juste après le décès de mon père, en juin. La dernière fois que j’ai pu lui parler, c’était le jour de la fête des pères. Arrive 1995, année ou je débute l’apprentissage de la MTC, la médecine traditionnelle chinoise, auprès d’une femme médecin, chinoise. En 1997, obtention à Nanjing de la certification en MTC. La suite, peut-être un autre jour. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Quand tu lis mon histoire, peut-être penses tu que le hasard n’existe pas, et que tout cela serait dû à un destin. Et après tout, pourquoi pas. En ce qui me concerne, je ne le vois pas comme ça. Je suis devenu très « yin yang », jamais l’un sans l’autre, c’est-à-dire jamais uniquement du hasard et jamais uniquement du non-hasard. Je n’aime pas le « systématique » et ça tombe bien, les Chinois parlent en « chance du Ciel », Chance de l’Homme » et « chance de la Terre ». Les trois ensembles tissent une destinée et non un destin. La chance de l’Homme est que: si je ne m’étais pas bougé après l’accident de cheval, rien de tout cela ne serait arrivé. Et si je n’avais pas su « écouter » je n’aurai pas suivi le même chemin. A lire mon histoire, j’ai l’impression de lire comme une boule de billard qui suivrait un chemin tracé par une main invisible, mais voilà, ce n’est pas exactement ce que j’ai vécu. Je n’ai jamais cru à un chemin de vie, j’ai toujours cru en la possibilité d’explorer un territoire de vie, et d’y tracer son chemin. En compagnie des Forces du Ciel, de la Terre et de l’Homme. C’est ça suivre le Dao, la Voie, le Wei Wu Wei, l’agir non-agir. La Voie te suit, t’emboite le pas, elle ne te précède pas. A toi d’y aller ou pas. La Source, elle, te précède et te suit, tout en t’accompagnant. La Voie te donnera des coups de pouce si tu t’y engage pleinement, et elle te laissera aussi prendre les décisions. C’est la Voie, elle ne s’impose pas, enfin pas toujours, car parfois, oui ! Car c’est bien l’Esprit, lui seul, qui a décidé de me traverser sous la forme de foudre. Pour y créer un canal par lequel il pourrait passer. Je n’avais rien demandé. En revanche, j’ai accepté, et j’ai continué. Je n’ai jamais eu peur des Forces de l’invisible, il sera important qu’on en parle. Rien n’est systématique à mes yeux. J’ai toujours eu cette quête de « qu’est ce qu’il y a derrière », j’ai navigué au grès des vents qui m’ont toujours accompagné et qui m’accompagneront même vers l’au-delà. A mes yeux la vie est un tissage, mais pas avec mes yeux d’occidental, pas avec ma pensée d’occidental, non, avec une autre forme de cognition. Dans ces sociétés des Peuples Premiers, il n’y a pas de frontière entre l’individu et le monde qui l’entoure. La personne est tissée dans un réseau : • De liens familiaux, • De relations de voisinage, • D’obligations rituelles, • D’échanges invisibles avec les forces de la Terre et du Ciel. Et la Source de ce tissage est le Mythe fondateur de cette communauté. La maladie d’un individu n’est pas un problème "personnel" : c’est un déséquilibre du tissu social, du tissu cosmique. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Le rôle du chaman n’est pas d’enseigner à l’individu comment "guérir seul" : c’est de ré harmoniser les relations, de restaurer les équilibres, de négocier avec les Esprits, de réinscrire la personne dans le flux vivant. C’est un tissage sacré ! Mais pas un tissage avec la vision de l’occidental d’aujourd’hui. En fait ce terme d’occidental ne veut rien dire et veut tout dire. Tu peux aussi bien etre aujourd’hui chinois et occidental, mongol et occidental, breton et occidental. Parce que non, les bretons comme les autres Peuples des régions françaises, n’avaient strictement rien « d’occidental » à part leur position géographique. Et là, l’erreur est immense que de croire que pratiquer des rituels du « cru » serait plus juste. Ces Peuples ont autant de différences de cognition du monde avec l’occidental d’aujourd’hui, que n’importe quel autre Peuple de la Terre. Je t’en reparlerai bientôt. En attendant si tu as envie de lire, je te propose "Le monde des non-A" de Van Vogt. Bientôt tu sauras pourquoi 😊 Article inédit Dans le silence profond du Vendredi Saint, à l'heure où l'on dit que le ciel pleure et la terre retient son souffle, un mystère ancien ressurgit : les œufs pondus ce jour-là seraient porteurs d'un pouvoir sacré.
À travers les siècles, dans les villages de France, d'Italie, de Flandre ou d'Auvergne, les œufs du Vendredi Saint furent vénérés comme des talismans naturels : protecteurs, guérisseurs, bénisseurs. Et si ces traditions nous offraient encore aujourd'hui un chemin secret vers la magie discrète du monde vivant ? Que sont les œufs du Vendredi saint ? Le Vendredi Saint — jour de la crucifixion du Christ dans la tradition chrétienne — est vu depuis des siècles comme un moment charnière, où les lois ordinaires de la nature sont suspendues. Dans ce contexte sacré, les œufs pondus ce jour-là étaient perçus non pas comme de simples aliments, mais comme des condensateurs de forces invisibles. Le pouvoir attribué aux œufs du Vendredi Saint : * Protection contre la foudre (placés sur les toits, dans les greniers). * Guérison des maladies (utilisés en onguents, bénis puis consommés). * Fertilité et abondance (enterrés dans les champs ou sous les fondations). * Porte-bonheur familial (conservés dans l'âtre ou sur l'autel domestique). Un héritage de croyances rurales profondément enraciné En Bretagne, dans les Landes, dans le Massif central... * En Bretagne, on gardait précieusement l'œuf béni à la Chandeleur suivante pour protéger la ferme toute l'année. * Dans les Landes, on jetait un morceau de l'œuf dans les sillons fraîchement semés pour assurer la croissance des cultures. * Dans certaines régions des Alpes, l'œuf du Vendredi Saint était suspendu dans les étables pour éloigner les épidémies animales. Ces usages, largement répandus jusqu'au XIXᵉ siècle, témoignent d'une relation intime entre la foi chrétienne populaire et les anciens rituels telluriques : l'œuf, symbole universel de la vie naissante, devient vecteur de guérison, de prospérité et de bénédiction. Pourquoi cet œuf est-il si spécial ? Le symbolisme de l'œuf est ancien, universel, présent dans presque toutes les cultures humaines : * Cosmogonie : l'œuf cosmique, d'où naît le monde (Égypte ancienne, Inde védique, peuples celtes). * Cycle de mort et de renaissance : l'œuf contient la promesse silencieuse de la vie future. * Lien entre ciel et terre : fragile mais porteur d'immortalité. Dans le contexte chrétien rural, l'œuf du Vendredi Saint concentre cette symbolique au moment même où le monde bascule dans le silence du sacrifice. C’est un objet-limite, chargé de la tension sacrée entre mort et résurrection, entre déclin et régénération. Comment utilisait-on ces œufs sacrés ? Selon les régions, plusieurs usages étaient transmis de génération en génération : 1. Protection contre les orages et la foudre L'œuf était enterré sous la première pierre de la maison ou suspendu dans le grenier pour détourner la colère du ciel. 2. Guérison et médecine populaire Mélangé à des décoctions de plantes bénites, il servait à soigner les fièvres ou protéger les enfants fragiles. 3. Fertilité agricole Morcelé et enterré au seuil des champs ou des vergers pour assurer une récolte généreuse. 4. Rituels domestiques Conservé près de l'âtre, il veillait sur la famille, éloignant maladies, accidents et influences néfastes. Attention : dans la tradition ancienne, ces œufs n’étaient jamais mangés sans bénédiction. Le respect du rituel était essentiel pour que leur pouvoir soit actif. Pourquoi ces traditions nous parlent encore aujourd’hui ? À l’heure où notre lien à la nature est distendu, où les cycles de la vie sont oubliés derrière les murs numériques, les traditions comme celle de l'œuf du Vendredi Saint nous rappellent : * Que chaque geste peut devenir sacré. * Que la nature porte encore des mystères. * Que nous avons besoin de rituels pour marquer les passages, pour honorer le vivant, pour guérir nos âmes dispersées. Loin du folklore superficiel ou de la simple superstition, ces gestes modestes tissent un pont secret entre nous et le souffle ancien de la terre. Peut-on recréer un rituel moderne autour des œufs du Vendredi Saint ? Absolument. Voici une proposition simple (inspirée de la tradition, adaptée à notre temps) : 1. Le jour du Vendredi Saint, recueillez un œuf frais avec gratitude et en sachant déjà à ce à quoi vous le destinerez. 2. Tenez-le dans vos mains, fermez les yeux, et insufflez-y une intention pure : protection, guérison, gratitude. 3. Dessinez une croix dessus avec de l’eau de source ou de pluie. 4. Placez-le dans un lieu particulier chez vous (autel naturel, coin sacré) pour l’année. Vous recréerez ainsi un geste millénaire d’alliance avec le vivant, en tissant votre propre fil dans la trame de l’ancienne sagesse paysanne. Conclusion : Écouter les murmures de la tradition Et si dans un simple œuf déposé avec amour battait encore le cœur vivant d'un monde oublié ? Et si ces rituels anciens, loin d'être dépassés, portaient les germes de notre renaissance intérieure ? " Le monde visible est traversé par des courants invisibles. Ceux qui savent écouter les vieux rituels entendent encore leur murmure sacré. " Et si cette année, au Vendredi Saint, vous tendiez l'oreille ? Extrait de Newsletter Ethno-Passion 2025 N.B. Les photos partagées plus bas sont issues de nos propres voyages et rencontres auprès de peuples andins. Des instants de vie, de beauté et de sagesse que nous avons eu la chance de vivre, et que nous sommes heureux de vous faire découvrir. Merci de respecter leur unicité, et de ne pas les utiliser sans notre consentement. Il y a une semaine à peine, les matins étaient encore bien frais ici, à 1000 mètres d’altitude, au cœur de l’Auvergne. Givre au réveil, pas feutrés dans la brume du matin, et parfois, ce voile dru et laiteux occultant toute la beauté du paysage. Et puis, dans un basculement soudain, le printemps a pris sa place. Aujourd’hui, en ce premier dimanche d’avril, il fait près de vingt degrés, peut-être même un peu plus. Une chaleur presque étourdissante… et ce ressenti d’être un peu groggy, quand le corps et l’esprit commencent à se relâcher, à s’ouvrir, à respirer autrement. Ressentez-vous quelque chose de similaire ? Dans le jardin, la vie reprend sa danse. Les primevères sont partout, les tulipes s’ouvrent les unes après les autres, les arbres bourgeonnent sans retenue — espérons qu’ils résisteront aux gelées tardives… Les buses planent au-dessus de la maison, et notre chat — grand adepte de la méditation solaire — retrouve avec joie les plaisirs du dehors. Et c’est dans cette sensation d’éveil et de douceur que nous est venu l'envie de vous parler d'Allin Kausay, cette façon d'être au monde pratiquée dans les Andes depuis des siècles, souvent traduit par le Bien Vivre. Ce n’est pas seulement une sagesse lointaine. Ce Bien Vivre peut venir s’incarner dans chaque instant de notre quotidien, dans chacun de nos gestes posés avec conscience. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Allin Kausay ou "le bien vivre" Allin Kausay n’est ni un secret, ni une religion, ni une philosophie, pas plus qu’un système de croyance ou un enseignement académique. C’est l’un des fondements de la pensée andine, portée par la Cosmovision. Un art de vivre. Un art de marcher sa vie et marcher sa parole. Le terme Allin Kausay vient de deux mots quechua : Allin désigne ce qui est bon, meilleur, juste, généreux… Kausay signifie vivre, exister, être, demeurer… Allin Kausay peut se traduire comme : Vivre dans la conscience de l’intelligence vivante du Cosmos. Ce Bien Vivre est une pratique quotidienne. À chaque instant, par nos pensées, nos sentiments, nos paroles, nous participons au « vivre dans le Cosmos ». Connaître Allin Kausay, c’est apprendre à vivre ému, vibrant, heureux de faire Un avec l’Univers. C’est choisir de cultiver sa présence au monde, malgré les inquiétudes que l’avenir peut parfois faire naître. C’est honorer la vie dans sa forme la plus simple et la plus profonde. Toute tradition possède soit son premier Ancêtre, soit son premier Peuple. Le Peuple Ancêtre des Andins sont les Runas, les premiers qui vinrent sur la Terre. Les Runas sont à l’origine de toutes les Médecines et enseignements des Paqo’s d’aujourd’hui -- prêtres et prêtresses andins, guérisseurs, guides spirituels et gardiens de la tradition. Les Q’eros sont l’un des derniers peuples à vivre encore profondément reliés à la Cosmovision Andine. Communauté quechua isolée dans les hautes montagnes du Pérou, ils incarnent aujourd’hui le « bien vivre » d’Allin Kausay, en respectant l’équilibre du Cosmos. Cette sagesse des Runas remonte à des temps très anciens, bien avant les Incas et les cultures pré-incas. Et les maestros d’aujourd’hui — les guides traditionnels — se relient encore aux Esprits de la Nature pour accompagner ceux qui viennent les consulter, et leur permettre de retrouver la joie de vivre. Cette sagesse s’enracine aussi dans les premières grandes civilisations andines : Caral, Chavín, Paracas, Moche, Nazca, Tiahuanaco, Wari, Chachapoyas, Chancas... Elles ont initié les premières cérémonies dans des temples, marquant le début d’une relation consciente avec les Esprits. Les peuples se rassemblaient pour honorer le Vivant. Une mémoire encore vibrante. Les Incas se sont profondément inspirés de ces savoirs et de ces bâtisseurs, donnant naissance à des lieux tels que le Machu Picchu, devenu symbole de cette sagesse incarnée dans la pierre. Il est précieux de savoir d’où viennent ces pratiques.
Non par nostalgie, mais parce qu’elles reviennent aujourd’hui pour éclairer notre présent, et nous aider à retrouver un chemin d’harmonie. Suivre les enseignements d’Allin Kausay, c’est peu à peu se rappeler que nous avons déjà en nous tout ce dont nous avons besoin. Cette manière de vivre est à la fois pleine de sagesse, belle, mais aussi très efficace. Ces peuples respectent les lois de l’Univers, les végétaux, les animaux, les rochers… C’est un art de vivre qui se perd aujourd’hui, sous l’influence d’autres cultures. Cette connaissance se dissipe, cette sagesse s’efface, et les pratiques se raréfient. Et avec elles, c’est tout un équilibre du monde qui menace de se rompre — un équilibre qu’il est urgent de préserver. Depuis la dernière glaciation, au cœur d’un Vivant généreux et propice à la vie, l’humanité vivait en équilibre avec la Nature, consciente d’en faire pleinement partie -- sans s’en extraire, ni s’en croire supérieure. Mais peu à peu, une distanciation s’est installée. Les révolutions industrielles, puis technologiques, ont accéléré cette séparation, nous éloignant du Vivant, jusqu’à, parfois, nous en croire détachés. Et pourtant… La Nature se rappelle régulièrement à nous, comme pour nous souffler que nous vivons en elle, et que nous dépendons pleinement de son équilibre. Et si nous choisissions, ensemble, de restaurer cet art de vivre, pleinement et en conscience, au cœur du Vivant. Extrait de Newsletter Ethno-Passion 2025 Depuis la nuit des temps, les peuples premiers lisent le monde à travers les couleurs. Pour eux, les teintes ne sont pas de simples nuances visuelles, mais des souffles vivants, des fils d’énergie tissés entre le Ciel et la Terre. Chaque couleur est une porte, un enseignement, une force à accueillir et à comprendre.
Aujourd’hui, nous vous invitons à découvrir le sens de ces couleurs à travers la lecture d’un mythe ancien, transmis de génération en génération par les Paqo’s, les sages (chamans) andins. Ce récit parle d’un pont tissé de lumière, un passage sacré reliant les mondes visibles et invisibles. Installez-vous confortablement dans votre espace préféré, respirez profondément et laissez-vous immerger dans cette lecture quelques instants... -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Le Mythe Sacré de l’Arc-en-Ciel Il était une fois, aux origines du temps, dans un monde encore jeune et vibrant d’énergies primordiales, une entité appelée Mama Sirena. Elle était l’Esprit de l’Eau, née dans les profondeurs du Uku Pacha, le monde souterrain, là où les rivières cachées sculptent la Terre et où résident les mystères du cosmos. C’était un lieu de gestation, d’alchimie, un monde où tout commençait et se transformait. Mama Sirena, gardienne des Eaux profondes, détenait le souffle sacré, une énergie de vie pure capable de tisser des liens entre les mondes. Elle portait en elle le Feu de la Création et l’Eau de la Vie, deux forces opposées mais complémentaires, prêtes à engendrer l’harmonie cosmique. Un jour, dans un élan d’amour pour Pachamama, la Terre-Mère, elle décida de souffler sept fois. D’un mouvement lent et sacré, Mama Sirena souffla donc le premier rayon, et aussitôt la lumière rouge ❤️ jaillit, ardente et indomptable, embrasant la Pachamama comme une étincelle divine. Elle portait en elle la transformation et le renouveau, consumant l’ancien pour faire place à l’inconnu. Ainsi débuta le voyage. D’un second souffle empreint de douceur, Mama Sirena fit naître l’orange 🧡, tel un feu doux et apaisant. Il ondulait comme une brise chaude sur les terres arides, absorbant les énergies lourdes et guérissant les blessures du passé. Ce fut un souffle de réconfort après l’ardeur du premier passage. Dans une inspiration profonde, elle exhala le jaune 💛, éclatant comme l’aube d’un monde en éveil. Il offrait sa lumière aux âmes en quête d’accomplissement, illuminant les rêves et insufflant aux intentions la force de croître et de s’ancrer dans la réalité. Dans un murmure harmonieux, Mama Sirena laissa s’épanouir le vert 💚, tel un soupir de la Terre-Mère. Il s’enroulait autour de chaque être vivant, les reliant aux racines profondes du monde végétal. C’était le souffle de la guérison, un chant silencieux résonnant avec celui de la nature. D’un souffle aérien, elle libéra le bleu clair 💧, léger comme une plume portée par le vent. Son murmure se glissa dans les airs, tissant des chants sacrés, laissant entendre les messages des Esprits soufflés aux voyageurs du ciel. Dans un soupir grave, elle invoqua le bleu profond 💙, ouvrant ses portes vastes et insondables. Ceux qui osaient s’y aventurer y découvraient la connaissance cachée, des vérités tissées entre les étoiles. Là, les murmures du cosmos dévoilaient leurs secrets aux âmes attentives. Enfin, dans un dernier souffle empreint de mystère, Mama Sirena fit naître le violet 💜, ultime passage entre les mondes. Il enveloppait l’initié dans un souffle mystique, une invitation à transcender le visible. Là, dans cette lumière envoûtante, dansaient les Esprits et les ancêtres, révélant la sagesse éternelle. Ces couleurs devinrent les sept chemins de l’Arc-en-Ciel, reliant le Uku Pacha, le Kay Pacha (le monde du milieu, notre monde) et le Hanan Pacha (le monde d’en haut, la demeure des Esprits et des étoiles). Ainsi fut tissé un passage sacré entre les royaumes du visible et de l’invisible. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Le Chemin de l’Arc-en-Ciel : Marcher sur le Pont des Mondes Bien plus tard, au temps des Hommes, les Paqo’s andins, les sages et les guérisseurs de la tradition Inca, comprirent que l’Arc-en-Ciel était bien plus qu’un phénomène lumineux : il était un chemin énergétique reliant les trois mondes. Ils apprirent à l’emprunter pour guérir, enseigner et guider ceux qui cherchaient à vivre en harmonie avec le cosmos. Ainsi naquit la Cosmovision andine, qui signifie Marcher sur le sentier de l’énergie vivante du cosmos. Aujourd’hui encore, les Paqos et les Nusta Paqos (hommes et femmes guérisseurs andins) utilisent ces sept souffles pour guérir à distance, harmoniser les énergies et guider les âmes vers leur véritable chemin. L’Arc-en-Ciel demeure le pont entre les mondes, rappelant à l’humanité que tout est interconnecté, que chaque souffle, chaque couleur et chaque intention participent à l’équilibre du grand tout. Ainsi, à chaque apparition de l’Arc-en-Ciel dans le ciel, les Paqo’s partagent qu’il s’agit d’un message, d’un rappel sacré : Tout est énergie, tout est vivant, et nous avons tous le pouvoir de marcher sur le sentier de l’Arc-en-Ciel, celui de l’énergie vivante du Cosmos. Ce mythe nous rappelle que les couleurs portent des forces profondes, des invitations à nous aligner avec la nature et avec nous-mêmes. Chaque teinte que nous portons, chaque couleur qui nous attire, raconte une histoire intime, un lien entre notre être et l’énergie du monde. Et vous, quelle énergie lumineuse éclaire votre chemin aujourd’hui ? Et si, la prochaine fois que vous voyez un arc-en-ciel, vous l’accueilliez comme un message, un rappel de la danse vibrante qui unit les mondes ? Ici, en Auvergne, la rencontre du soleil et de la pluie fait naître de nombreux arcs-en-ciel, illuminant l'horizon de leurs ponts sacrés. Si cette destination vous inspire, venez ressentir la puissance de cette nature sauvage, où les éléments dialoguent sans cesse autour de nous. Extrait de Newsletter Ethno-Passion 2025 Il y a une vingtaine d’années, j'ai eu la chance de croiser les pas de Patricia, une femme-médecine Navajo (témoignage de Jean-Yves). Patricia est un nom qui lui a été donné par l’administration américaine, bien éloigné de son véritable nom de naissance, son nom sacré, murmuré uniquement dans l’intimité des cérémonies Navajo, porté par le souffle des chants et la mémoire des ancêtres. Le peuple Navajo, ou plus exactement Diné dans leur langue, porte une vision du monde d’une richesse inégalée, empreinte de profondeur et de mystère. Nous avons eu le privilège d’accueillir Patricia en Auvergne récemment. Ses paroles, remplies de gravité et de force, résonnent encore en nous : elle nous a expliqué que dans la culture et la langue Diné, il n’existe ni mot, ni concept pour désigner le mal. Ce n’est ni une omission ni une pensée naïve, mais bien une façon d’être au monde où cette notion n’a tout simplement pas sa place. Et dire que cette langue, imprégnée d’harmonie et dépourvue de la notion même de mal, a connu un destin paradoxal ! Pendant la Seconde Guerre mondiale, reconnue pour sa complexité, elle a été utilisée à des fins militaires par les célèbres Code Talkers Navajo, qui transmettaient des messages cryptés inviolables. Au siècle dernier, cette même langue a été interdite d’usage aux enfants Diné, qui étaient sévèrement punis s’ils étaient surpris à la parler. Une tentative de briser ce lien précieux avec leur identité et leur héritage. Et pourtant, dans cette langue empreinte de nuances, bien loin de nos tendances à nous affronter ou opposer les choses, un mot en particulier éclaire la pensée Diné : le mot Hózhó, que vous pouvez voir tracé de la main même de Patricia. Ce mot, au cœur de leur langue cérémonielle, évoque l'équilibre, l'harmonie et la beauté dans toutes leurs dimensions. Patricia explique que Hózhó ne se limite pas à un bien-être personnel. Il s'agit d'un état d'interconnexion profonde avec tout ce qui nous entoure : la Terre, l'Eau, le Feu, l'Air, et toutes les créations. Il reflète une manière de vivre en alignement avec le vivant, où nos pensées, nos paroles et nos actions s'harmonisent pour favoriser la vie, l'entraide saine entre tous ses éléments, et ainsi la régénération.
Elle insiste également sur le fait que la langue Diné, avec ses spécificités uniques, ne sépare jamais l'être humain de son environnement. Dans cette perspective, Hózhó est une manière de marcher dans le monde en respectant et en nourrissant cette interconnexion sacrée, tout en reconnaissant la beauté dans chaque chose. Patricia nous a également confié une sagesse ancienne, profondément enracinée dans la tradition Diné : notre corps est un miroir de la Terre. « Nous sommes faits des mêmes éléments sacrés – la Terre, l’Eau, le Feu et l’Air – qui façonnent notre planète. Quand nous prenons soin de la Terre, elle prend soin de nous », nous a-t-elle dit, avec cette intensité qui lui est propre et qui captive l’attention de tous ceux qui l’écoutent. Dans un monde traversé par des défis écologiques et humains sans précédent, cette vision nous invite à réapprendre un langage universel, celui de l’harmonie et du respect – envers les autres, envers la Terre, et envers nous-mêmes. 👉 Pour plonger dans cette sagesse ancestrale, écoutez l'un de nos échanges passionnants avec Patricia, enregistré lors d'un Podcast disponible gratuitement (Podcast en deux parties) : Écoutez le Podcast sur Spotify ici Écoutez le Podcast sur YouTube ici |


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